Saint Serge - higoumène de la terre russe

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Le changement du mode de vie de la communauté ; tribulations liés à ce changement


La gloire des exploits ascétiques de saint Serge est arrivée jusqu'au Constantinople. Le Patriarche Philothée I fit parvenir au Saint une Croix et encore d'autres présents (paraman et Grande-Schème) avec une lettre dont voici le contenu : "Par la Miséricorde Divine, l'Archevêque de Constantinople, Patriarche Œcuménique, Philothée, à Serge, fils dans Saint-Esprit et concélébrant de notre humble personne. Que la Grâce, la paix et notre bénédiction soient avec vous tous! Nous avons entendu parler de ta vie vertueuse, nous l'approuvons et nous en glorifions Dieu. Mais il te manque une chose : la vie commune (cénobitique). Tu sais, Père très semblable au Christ que le Parent de Dieu, le Saint Prophète David qui saisissait tout par son esprit, loua la vie commune. "Qu'y a-t-il de meilleur et de plus beau pour des frères que de vivre ensemble?" (Psaumes 132). Pour cela, je vais vous donner un conseil utile : instituez le cénobitisme. Que la Miséricorde de Dieu et notre bénédiction soient avec vous!"

Suivant le conseil du Patriarche, saint Serge introduisit la vie commune intégrale dans son monastère avec la bénédiction du saint Métropolite Alexis. Il construisit les bâtiments nécessaires, définit les devoirs propres à cette vie et ordonna que toute chose soit commune, interdisant d'avoir sa propriété ou d'appeler quelque chose "sien." Le nombre des disciples s'accrut alors et l'abondance régna au monastère. On introduisit l'hospitalité, on nourrit les pauvres et on donna l'aumône à ceux qui le demandaient. Saint Serge s'était soumis à ce conseil du Patriarche par esprit d'obéissance. Bien qu'il demeurât amant de la solitude, il accepta d'assumer cette forme plus rigide de direction, sans cesser pourtant d'être un père et un éducateur plutôt qu'un administrateur.

Mais il devait bientôt subir de cruelles épreuves. Certains moines n'ont pas accepté les nouvelles règles de la vie communes et par conséquent, saint Serge a quitté le monastère qu'il a fondé. Voici comment cela s'est passé.

Un samedi, Saint Serge se trouvait dans le Sanctuaire, célébrant les Vêpres. Son frère, revenu au monastère, demanda au Canonarque (Responsable de l'ordre et du déroulement des offices liturgiques) : "Qui t'a donné ce livre?", "L'higoumène," répondit celui-ci. "Qui est higoumène ici?" répondit à son tour Stéphane avec colère. "N'ai-je pas fondé ce lieu en premier?" A ceci, il ajouta de violentes paroles.

Saint Serge entendait tout cela dans le Sanctuaire et il comprit que cette manifestation de mécontentement était due en fait au nouvel ordre qui régnait dans le monastère. Mécontents du cénobitisme, certains quittèrent en secret le monastère et d'autres souhaitaient ne plus avoir saint Serge pour higoumène.

Saint Serge, laissant ceux qui voulaient vivre selon leur volonté face à leur conscience, ne rentra même pas dans sa cellule mais s'éloigna du monastère de la Sainte Trinité. Saint Serge s'installa sur la rivière Kirjatch où il a fondé un nouveau monastère dédié pour la fête de l'Annonciation de la Vierge Marie.

Aujourd'hui, il existe la ville de Kirjatch (en russe : Киржач), qui s'est développé autour du monastère fondé par saint Serge. C'est une ville de l'oblast Vladimirskaya. La ville de Kirjatch se trouve à 91 km au nord-est de Moscou et à 97 km à l'ouest de Vladimir.

Saint Serge vécut dans la région de Kirjatch entre 1354 et 1358. Dans la plus grande partie de son histoire, le monastère de l'Annonciation resta fortement dépendante du monastère de la Laure de Sainte-Trinité-et-Saint-Serge, qui se trouve à 48 km à l'ouest. La petite cathédrale du monastère, construite pendant le règne d'Ivan IV, est conforme aux premières cathédrales de type moscovite. On le considère généralement comme l'un des derniers et plus beaux spécimens de ce courant.

L'ordre dans monastère de la Sainte Trinité a commencé à disparaître rapidement. Les meilleurs moines étaient inquiets mais pensaient encore que saint Serge reviendrait. Toutefois, leur attente fut déçue.

Sur la demande de certains, Saint Alexis dépêcha une délégation auprès de saint Serge afin qu'il revînt au monastère où il était si utile.

Saint Serge a fait une obéissante au Métropolite Alexis et a repris la charge l'higoumène du monastère de la Sainte Trinité, en laissant saint Romain comme higoumène du monastère de Kirjatch.

Métropolite Alexis aimait saint Serge, et il lui demandait comme un ami de venir vers les différents princes russes (qui entretenaient les hostilités) pour rétablir la paix.

Saint Alexis sentant son rappel à Dieu approcher, souhaitait trouver en la personne de Saint Serge son successeur pour la charge de Métropolite de Moscou et toute la Russie. Il le fit venir chez lui et lui fit cadeau de sa Croix épiscopale. Mais saint Serge par humilité, la définitivement refusa en disant : "Pardonne-moi, Seigneur mais depuis mon enfance je n'ai jamais porté d'or et maintenant, je souhaite d'autant plus rester dans le dépouillement." "Je le sais bien-aimé mais accepte par obéissance!" répondit Saint Alexis. Ce faisant, il lui passa la Croix autour du cou et lui annonça qu'il le désignait comme son successeur. "Pardonne-moi, vénéré pasteur mais tu veux me charger d'un fardeau qui dépasse mes forces. Tu ne trouveras pas en moi ce que tu cherches. Je suis le plus grand pécheur et le pire de tous."


Saint Serge comme thaumaturge

Encore de son vivant saint Serge s'est rendu digne d'obtenir le charisme de thaumaturge (faiseur de miracles). Par exemple, par ses prières vers Dieu, il a ressuscité l'adolescent que son père désespéré a déjà considéré comme perdu.

La gloire des miracles accomplis par saint Serge a commencé rapidement à se répandre, et les habitants des villages des alentours ont commencé à amener vers lui les malades pour la guérison.

Et personne n'a quitté le monastère sans avoir obtenu la guérison et des conseils édifiants.

Tous glorifiaient saint Serge et le considéraient comme l'un des anciens saints pères.

Mais la gloire parmi les hommes n'était pas l'objectif de saint Serge et elle n'a pas modifié, elle n'a pas altéré les dispositions de saint Serge – il continua de rester l'exemple de l'humilité monacale.

Saint Jean Climaque nous enseigne : « Le repentir relève, l'affliction frappe à la porte du ciel, et la sainte humilité l'ouvre ». La vie de saint Serge de Radoniege donne l'exemple de ce Royaume Céleste que saint Serge avait dans son âme à cause de son humilité.

Une fois saint Stéphane, évêque de Perm (sa mémoire est placé pour le 27 avril dans le calendrier ecclésiastique), et qui avait un grand respect pour saint Serge, faisait la route de son diocèse vers Moscou. Le chemin se trouvait dans 8 kilomètres du monastère de saint Serge. En prévoyant de visiter le monastère sur le chemin du retour, saint Stéphane s’arrêta et après avoir fait la prière, il a fait un petit inclinaison en direction du monastère de saint Serge et lui a dit : « Paix à toi, mon frère spirituel ».

Pendant ce temps saint Serge était assis à table avec les frères. En réponse à la bénédiction de l'évêque Stéphane, saint Serge se leva, lut une prière et envoya comme réponse une bénédiction à l'évêque Stéphane.

Certains de disciples, étant étonnés par ce comportement extraordinaire de saint Serge, se sont dépêché vers la route et ayant trouvé l'évêque Stéphane, ont reçu la confirmation de cette communication.

Petit à petit, les moines ont pu se rendre compte d'autres faits miraculeux.

Une fois, pendant la Divine Liturgie, les frères ont vu l'Ange de Seigneur qui a concélébrait avec saint Serge ; mais par humilité saint Serge interdisait d'en parler jusqu'à la fin de sa vie terrestre.

Une autre fois, saint Serge a eu une vision de la lumière inhabituelle et la multitude d'oiseaux chantant très joliment, et il a une révélation que conformément à cette image plusieurs moines se rassemblerons dans les monastères qu'il a fondé.

Durant sa vie terrestre, saint Serge a fondé 37 monastères. C'est pour cette raison, que le peuple russe appelle saint Serge de Radoniege : higoumène de la terre russe. Pour ainsi dire, ces 37 monastères forment une école.

Première grande école spirituelle en Russie fut la Laure de Kiev-des-Grottes, fondée en onzième siècle par saints Antoine et saint Théodose, et la deuxième grande école – la Laure de Sainte-Trinité-et-Saint-Serge fondée en quatorzième siècle, en 1337. La lumière de la Grâce Divine émanant de ces deux écoles, a illuminé la terre russe.


La victoire de Koulikovo
et le début de l'unification de la Russie


Ce qui est dit jusqu'à là se rapporte au monachisme et au monde spirituel. Mais quelle était la vie quotidienne et ordinaire à l'époque de saint Serge ? Comment les dons spirituels de saint Serge pouvaient améliorer le monde russe ?

A cette époque, les principautés russes souffraient du joug des tatar-mongols : les hordes déferlèrent sur la terre russe et la population civile était effrayée.

Le Grand-Prince (en russe « Vielikiï Knyaz ») Dimitri Ivanovitch (appelé par le peuple « Donskoï ») qui avait une grande foi en Saint Serge et le considérait comme un père, lui demanda s'il devait entrer en guerre contre les impies tatares avec leurs chef Khan Mamaï.

Saint Serge bénit le Grand-Prince pour la défense de la terre russe et lui prédit la victoire : « Va, va courageusement, Prince, et espère en l'aide de Dieu – avec Son aide, tu seras victorieux et tu sortiras de la bataille sain et sauf et couvert d'honneurs."

Comme un signe visible de sa bénédiction, et pour aider et encourager les troupes russes, saint Serge a choisi en renfort militaire les deux anciens nobles qui sont devenus les moines dans son monastère : schéma-moine André (Oslyabya) et schéma-moine Alexandre (Pieriesviet). Ils sont morts héroïquement lors de la bataille.

La prédiction de Saint Serge s'est accompli : le 8 septembre 1380 (le jour de la fête de Nativité de la Vierge Marie) l'armée russe, guidé par le Grand-Prince remporta la célèbre victoire de Koulikovo qui constituait le début de la délivrance du joug tatare.

Au moment de la bataille de champs de Koulikovo, (bataille décisive pour la Russie que l'on peut comparer à la bataille de Poitiers en France) saint Serge était en prière avec les frères pour que Dieu donne la victoire aux russes.

En esprit, saint Serge voyait le déroulement de la bataille en temps réel : l'aboutissement heureux des combats, et il citait même les noms de ceux qui tombaient, faisant une prière pour eux.


P.S. : le début de la vie de saint Serge est ici