Homélie pour le Dimanche des Saints Pères


Vous trouverez ci-après la traduction d'une prêche (en langue russe) prononcée le dimanche avant le Noël orthodoxe.



Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Frères et sœurs bien-aimés, nous sommes aujourd'hui dimanche, jour où nous célébrons la mémoire des Saints Pères. Vous avez entendu l'Évangile de ce jour, où nous avons relu la liste de tous les pères qui furent les ancêtres de la Reine des Cieux (Titre très fréquent en Russie pour désigner la Vierge Marie /Théotokos/).

Beaucoup ne comprennent pas tout à fait et pensent que lorsque cette généalogie est lue, elle concerne seulement le Seigneur, le Sauveur. Mais c'est aussi la généalogie de Sa Mère, la Reine des Cieux.


Sur les épreuves et les attaques invisibles

Il y a pourtant une tristesse que nous avons sûrement remarquée dans la lecture évangélique. Mais parlons d'abord des afflictions que vous et moi, nous traversons. Quelles épreuves pouvons-nous avoir ? Eh bien, avant tout, toutes les épreuves viennent des attaques des esprits malins contre nous. Mais comment attaquent-ils ? Ils attaquent principalement à travers nos pensées.

Et s'ils ne peuvent pas nous atteindre par les pensées — si vous avez pris le contrôle de votre esprit — alors ils attaqueront à travers vos proches, quels qu'ils soient : mère, père, famille, parents ou non, voisins... peu importe. Ils utiliseront les gens pour vous empoisonner et vous monter contre vos proches. Car pour ces maudits démons, le plus grand bonheur est de séparer le mari de sa femme, de faire en sorte que les parents ne reconnaissent plus leurs enfants, ou que les enfants ne reconnaissent plus leurs parents.

Nous vivons une époque terrible où nous voyons cela partout : des enfants qui rejettent leurs parents, des épouses ou des maris qui abandonnent leur conjoint. Mais pour aller où ? Ils ne savent pas où ils vont. S'ils gardent une rancœur envers une autre personne, ils ne pourront pas trouver le Royaume des Cieux tant qu'ils ne se seront pas réconciliés. Comprenez-vous ?


L'exigence de l'amour chrétien

Vous savez que nous devons aimer même nos ennemis. Et que se passe-t-il pourtant ? Il arrive qu'une femme se mette à détester son mari, qu'elle s'enfuie, qu'elle le quitte parce qu'elle ne peut plus le supporter. Ou le mari ne supporte plus sa femme. Il en va de même pour les enfants qui quittent leurs parents, non pas pour se marier légitimement, mais simplement parce qu'ils ne peuvent plus les endurer. Voilà où nous en sommes. Quelle époque effrayante !

Frères et sœurs bien-aimés, voyez comment la Reine des Cieux a elle aussi souffert. Dans l'Évangile d'aujourd'hui, vous avez entendu qu'elle attendait déjà l'Enfant, alors que son époux fictif, Joseph, ne L'avait pas touchée. Quelle peur a-t-il ressentie ! Vous avez entendu ce qu'il pensait : il envisageait de La renvoyer secrètement ou de s'en aller lui-même pour éviter l'opprobre. Car dans son cœur, il a sûrement pensé qu'elle avait péché avec un autre. C'est une chose terrible.

Et la Reine des Cieux, que pensait-Elle ? Elle savait que cela venait de Dieu, du Saint-Esprit. Mais alors qu'Elle attendait le Sauveur, comment regardait-Elle cet époux qui devait protéger Sa virginité ? Elle comprenait ses doutes, Elle savait quelles pensées l'habitaient. Quelle douleur et quelle angoisse cela a dû être pour Elle de vivre tout cela !


Porter sa croix avec gratitude

Et nous, nous nous plaignons parfois d'avoir des épreuves, nous disons que nous ne pouvons pas les porter parce qu'un parent nous a regardés de travers ou nous a dit quelque chose qui nous a froissés, qui nous a " caressés à rebrousse-poil ". On se sent insulté, comme disent les gens instruits. Mais pourquoi ne peux-tu pas supporter cela ? Où est ton amour ? Où est notre amour ?

Frères et sœurs bien-aimés, nous devons apprendre à aimer véritablement. L'amour véritable consiste à porter les fardeaux les uns des autres. C'est à cela que le Seigneur nous appelle. Il nous dit explicitement : "Aimez vos ennemis". L'Ancien Testament disait : "Aimez vos proches", mais le Seigneur nous dit : "Moi, Je vous dis d'aimer vos ennemis". En sommes-nous capables ? Le faisons-nous ? Un mari ou une femme qui s'abandonnent, aiment-ils leurs " ennemis " ? Accomplissent-ils le commandement ? Non, ils n'accomplissent pas le commandement du Seigneur. Si tu gardes une haine ou une aversion dans ton cœur, sache que tu n'as pas d'amour pour ton prochain, ni pour ton ennemi. Et si tu n'as pas cet amour, tu n'observes pas les commandements de Dieu.

Croyez-moi, quelle que soit votre douleur, même si vous souffrez parce que tout le monde vous méprise, ne vous tourmentez pas. Au contraire, réjouissez-vous ! Car on vous donne l'occasion d'apprendre l'humilité, la patience et l'amour véritable. Si quelqu'un est injuste envers vous, portez-le. C'est votre croix. Et il ne faut pas seulement la porter, il faut la porter avec gratitude envers le Seigneur. Pour chaque croix que Dieu nous donne, nous devons Lui rendre grâce.


Vers la grotte de la Nativité

Ne dites pas : " Seigneur, je n'en peux plus, j'ai mal à la tête, j'ai mal au ventre, ou mon proche me déteste ". Toi, aime ! Couvre tout par l'amour. Souviens-toi de ce que la Reine des Cieux a dû endurer. Elle n'avait pas les péchés que nous avons. Elle était la Vierge pure avant, pendant et après la naissance du Sauveur. Et pourtant, quelle douleur quand elle nous voit pécher, quand elle voit que nous n'aimons pas son Fils ! Quelle souffrance quand Elle L'a vu crucifié sur la croix, ou quand Elle L'a perdu à Jérusalem. Elle souffre de voir notre injustice envers le Sauveur, de voir que nous ne L'aimons pas comme Il devrait l'être.

Frères et sœurs, demain nous célébrerons la Veille de la Nativité. La Reine des Cieux s'apprête à enfanter notre Sauveur. Mais où va-t-elle l'enfanter ? Non pas dans un palais royal, comme il conviendrait au Roi de l'univers, mais dans une grotte, dans une étable pour animaux. Le Seigneur n'aura pas de berceau, mais une mangeoire. Et qui Le réchauffera ? Les animaux, par leur souffle tiède, se tenant près de Lui.

Par là, Il nous a montré le chemin de l'humilité. Et toi, tu murmures parce que ta vie n'est pas facile, parce que tu ne supportes pas les humiliations que le Seigneur permet pour toi ? Ne sois pas triste, mais réjouis-toi si tu te trouves sur ce chemin étroit et épineux, car c'est lui qui mène au Royaume Céleste. Le large chemin où tout est facile, sans maladie ni soucis, ne mène pas au Royaume.

Accepte ce chemin, humilie ton cœur et dis : "Gloire à Toi, Seigneur, de me permettre d'être sur ce chemin étroit qui me conduit vers Ton Royaume".

Amen.