ENCYCLIQUE DES PATRIARCHES ORTHODOXES EN 1818

#Degré 3

Le 6 janvier 1848, le Pape de Rome Pie IX émit l'encyclique "In suprema Petri Sede", afin de proposer aux Chrétiens orthodoxes de revenir sous l'autorité du Siège de Rome, en acceptant de ce fait l'ensemble des particularités doctrinales de l'Église romaine. À la suite de cette initiative, les Patriarches et membres des Synodes des Églises de Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem adressèrent un document à l'ensemble des Chrétiens orthodoxes, lettre qui faisait le point sur la question - et dont nous vous présentons le texte ci-dessous.

Le mot "Catholique" signifie littéralement "Universel". Ce nom avant été commun à l'Eglise entière avant le IXe siècle, l'Eglise orthodoxe d’Orient le conserve.


ENCYCLIQUE DES PATRIARCHES ORIENTAUX, EN RÉPONSE À UNE LETTRE ENCYCLIQUE DU PAPE PIE IX AUX CHRÉTIENS D'ORIENT


Lettre encyclique de la sainte Église Une, Catholique et Apostolique aux Chrétiens orthodoxes de tous pays


§1

À tous nos chers et aimés frères en Saint-Esprit les vénérables Évêques, à leur pieux clergé et à tous les orthodoxes, enfants vrais de la Sainte Eglise, Une, Catholique et Apostolique, Salut fraternel en l'Esprit-Saint et bénédiction divine !

Certes, il semble que la sainte et divine doctrine évangélique de notre délivrance dût être conservée dans la croyance de tous aussi intacte, aussi pure que notre Sauveur l'a révélée à ses saints disciples, quand il s'est immolé tout entier pour la fonder en prenant la figure d'un homme, esclave du péché, en descendant du sein divin de son Père, telle que ces mêmes disciples, l'ayant entendue de leurs propres oreilles, l'ayant vue de leurs propres yeux, l'ont hautement proclamée sur toute la terre, semblables à des trompettes retentissantes (car leur voix s'est répandue sur la terre entière, et leurs paroles ont coulé jusqu'aux confins de l'univers) ; telle enfin que l'ont transmise sans nulle altération à tous les peuples, les grands et inspirés Pères de l'Eglise catholique, se rendant les échos des Apôtres par tome la terre, et répétant collectivement dans les Conciles et séparément dans leurs ouvrages jusqu'à nos jours leurs divins enseignements. Mais le principe de tout mal, l'ennemi spirituel du salut des hommes, de même qu'il a jadis traîtreusement pris dans Eden la figure d'un utile conseiller pour faire transgresser à l'homme le commandement formel de Dieu, ainsi, dans cet Eden intellectuel, l'Eglise de Dieu, il trompe un grand nombre d'hommes en les entraînant dans des pensées mauvaises et impies; puis, se servant d'eux comme d'instruments, mêlant le poison de l'hérésie aux eaux limpides de la doctrine orthodoxe dans des coupes que semble dorer la divine parole évangélique, il fait boire plusieurs innocents, mais qui ne savent dans la vie se tenir sur leurs gardes, « qui n'accordent point une grande attention à ce qu'ils ont entendu » (Hebr., XI, 1), à ce qui a été proclamé par leurs pères, dans l'esprit de l’Évangile, d'accord avec ceux qui doivent être nos maîtres éternels; qui ne croient pas suffisante au salut de leur âme la parole dite et écrite du Seigneur, et l'autorité de l'Eglise perpétuelle, mais qui courent après les changements et les innovations du cuite, comme après les modes nouvelles des habits, et embrassent de préférence l'enseignement évangélique souillé par de graves altérations.


§2

Voilà l'origine des multiples et monstrueuses hérésies que l’Eglise catholique, dès son berceau, revêtant l'armure de Dieu et saisissant le glaive spirituel, « c'est-à-dire la parole de Dieu » (Eph. V, 17), s'est vue forcée de combattre; elle a triomphé jusqu'à ce jour, contre toutes et elle en triomphera certainement dans tous les siècles, reparaissant éternellement plus radieuse et plus puissante après chaque combat nouveau.


§3

Mais de toutes ces hérésies, les unes ont complètement disparu, les autres tirent à leur fin ; d'autres existent languissantes, d'autres encore conservent plus ou moins de vigueur jusqu'à ce qu'elles aient fait leur temps ; quelques-unes même se développent, afin de parcourir leur période fatale depuis leur naissance jusqu'à leur dissolution; car étant de misérables conceptions et inventions des misérables humains, elles doivent, quand même elles auront duré mille ans, s'évanouir comme eux, frappés des foudres de l'anathème des sept Conciles œcuméniques. Seule l'orthodoxie de l'Eglise catholique et apostolique, animée par la parole vivante de Dieu, doit vivre et durer éternellement, selon la promesse infaillible du Seigneur : « Les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle » (Matth., 16, 18); ce qui signifie, suivant l'explication des divins Pères, que les bouches des impies et des hérétiques, quelque éloquentes, habiles et persuasives qu'elles soient, ne tiendront pas devant le paisible et saint enseignement. D'ailleurs, « qu'importe que la voie des pécheurs prospère! » Qu'importe que les impies se glorifient et s'élèvent comme les cèdres du Liban (Ps., 36,45), s'efforçant de porter atteinte au culte immuable de Dieu ! La parole de Dieu est irrévocable ; et l'Eglise, quoique priant chaque jour que ce pieu, cet ange Satan, soit écarté d'elle, entend toujours la voix du Seigneur qui lui dit : « Ma grâce te suffit; car c'est dans l'infirmité que ma force s'accomplit » (II. Corinth., 12); c'est pourquoi « elle se complaît avec orgueil dans ses souffrances, afin que la vertu de Jésus-Christ vienne se reposer sur elle, » et « afin que les élus soient manifestés au grand jour. » (1. Cor., 11 19.)


§4

Parmi les hérésies qui, par des décrets que Dieu seul connaît, s'étaient étendues sur une grande partie de l'univers, dominait jadis l'Arianisme, et aujourd'hui le Papisme; mais ce dernier, comme l'autre qui a déjà disparu entièrement, ne tiendra pas non plus, malgré sa vigueur apparente; il passera et s'abîmera, et l'on entendra retentir la grande voix céleste : « II s'est abîmé! » (Apocal., 12, 10.)


§5

La doctrine nouvelle que « le Saint-Esprit procède du Père et du Fils » est contraire à l'assertion formelle et positive de Notre-Seigneur (Jean, 15, 26) : « que le Saint-Esprit procède du Père; » contraire à la confession universelle de l'Eglise catholique, selon le témoignage des sept Conciles œcuméniques qui ont établi que « le Saint-Esprit procède du Père. » (Symbole de la Foi.)


1° Cette doctrine récuse le témoignage de l’Évangile, qui fait émaner d'un principe unique, mais diversement, les divines personnes de la sainte Trinité.


2° Elle implique l'idée de rapports inégaux et dissemblables entre ces personnes également puissantes et dignes d'adoration, et la confusion de leurs attributs.


5° Elle accuse comme imparfaite, ou du moins comme obscure et difficile à comprendre avant elle, la confession de la sainte Eglise, une, catholique et apostolique.


4° Elle attente à la doctrine des saints Pères du premier Concile œcuménique de Nicée, et des Pères du second Concile œcuménique de Constantinople , leur imputant d'avoir exposé d'une manière imparfaite les attributs du Fils et du Saint-Esprit, d'avoir passé sous silence une si importante propriété de la nature divine de chaque personne, quand il était si nécessaire que tous leurs divins attributs fussent définis contre les Ariens et les Macédoniens. 5° Elle insulte les Pères des 5e, 4e, 5e, 6e et 7e Conciles œcuméniques qui ont déclaré, devant tout l'Univers, parfait et complet le saint Symbole de la Foi, au point d'interdire et à eux-mêmes et à tous les autres, sons peine d'anathèmes irrévocables, toute addition ou retranchement, toute altération, toute transposition même d'un accent ; et pourtant, d'après la doctrine de Rome, il a donc fallu y faire cette correction et cette augmentation; il a donc fallu modifier tout l'enseignement théologique des Pères catholiques, puisqu'on prétend avoir découvert un nouvel attribut dans chacune des trois personnes de la sainte Trinité.


6° Elle s'est furtivement glissée au commencement dans les Églises d'Occident, « comme le loup sous la peau de l'agneau, » sous prétexte qu'elle exprime non la procession, selon l'acception grecque de l’Évangile et du Symbole, mais bien la mission dans le temps; car c'est par là que cherchait à se justifier le pape Martin auprès du confesseur Maxime, et c'est ainsi que s'expliquait Anastase le Bibliothécaire sous Jean VIII.


7° Elle a particulièrement violé avec une inconcevable audace et altéré le Symbole lui-même qui est le dépôt commun du Christianisme.


8° Elle a introduit des troubles immenses dans la tranquille Eglise de Dieu, et divisé les nations.


9° Elle a été réprouvée publiquement, à sa première apparition, par deux Papes immortels, Léon III et Jean VIII; ce dernier a même rangé auprès de Judas, dans sa Lettre au vénérable Photius, ceux qui l'ont interpolé les premiers dans le Symbole.


10° Elle a été condamnée par plusieurs augustes Synodes des quatre Patriarches de l'Orient.


11° Elle a été frappée d'anathème, comme innovation et addition au Symbole, par le huitième Concile œcuménique tenu à Constantinople pour pacifier les Eglises d'Orient et d'Occident.


12° A peine s'est-elle insinuée dans les Eglises d'Occident qu'elle a engendré d'autres doctrines répréhensibles , ou qu'elle a introduit peu à peu avec elle d'autres innovations, la plupart opposées aux préceptes de Notre-Seigneur formellement écrits dans l’Évangile, préceptes religieusement conservés jusqu'à son introduction dans les Eglises, qui dès lors ont admis : l'aspersion au lieu de l'immersion dans le Baptême ; la privation pour les laïques du saint Ciboire ; la suppression d'un seul et unique pain rompu et distribué aux fidèles, et l'usage d'hosties; le pain azyme au lieu du pain levé ; omission dans le rituel de la messe de l'invocation du Saint-Esprit ; dès lors aussi ont été abolies les antiques cérémonies apostoliques de l'Eglise catholique : on a cessé d'oindre les petits enfants après le Baptême, et de leur donner la sainte Communion; on a défendu aux hommes mariés d'entrer dans les ordres sacrés; on a transporté sur la personne du Pape l'infaillibilité et le vicariat de Jésus-Christ, etc. Ainsi, cette doctrine a repoussé tout l'antique rituel des Apôtres, et à peu de choses près tous les sacrements et tout l'enseignement que conservait l'antique, sainte et orthodoxe Eglise de Rome, qui était alors un des membres les plus augustes de la sainte Eglise catholique et apostolique.


13° Elle a induit les théologiens d'Occident, devenus ses défenseurs, non-seulement à de fausses interprétations des Écritures qu'on ne rencontre dans aucun des Pères de la sainte Eglise catholique, mais encore à des altérations des textes purs et sacrés des divins Pères d'Orient et d'Occident, puisque cette doctrine ne s'appuyait sur aucun passage de la Bible ni des écrits des saints Pères, et qu'il fallait néanmoins colorer d'une manière spécieuse toutes ces innovations en matière de dogme que nous avons énumérées.


14° Elle a paru étrangère, inouïe et blasphématoire même à ces autres sociétés chrétiennes qui, avant sa naissance, avaient été, pour certaines justes raisons, exclues du vrai bercail.


15° Aucune apologie tant soit peu persuasive, ou du moins plausible, tirée des Ecritures ou des Pères, n'a encore pu être alléguée en sa faveur, malgré tous les soins et tous les efforts de ses défenseurs qui ne sont parvenus à la classer dans aucune des catégories précitées. Une telle doctrine présente naturellement tous les caractères d'une doctrine nouvelle; et, comme toute doctrine nouvelle qui touche au dogme catholique lui-même sur la sainte Trinité et sur les attributs divins, bien plus au mode d'existence du Saint-Esprit, est et doit s'appeler une hérésie, et ceux qui adoptent une pareille doctrine sont des hérétiques, selon la décision de saint Damase, Pape de Rome : « Celui qui pensera sainement sur le Père et le Fils, mais aura des opinions erronées sur le Saint-Esprit, sera un hérétique. » (Confess. de la Foi cathol., envoyée par le Pape Damase à Paulin, Évêque de Thessalonique) ; pour toutes ces raisons, la sainte Eglise, une, catholique et apostolique, suivant les traces des saints Pères d'Orient et d'Occident, publia jadis, du temps de nos ancêtres, et publie encore aujourd'hui, en plein Synode, que cette nouvelle doctrine dont nous nous occupons et qui fait procéder le Saint-Esprit du Père et du Fils, est essentiellement une hérésie, selon la décision en Concile du saint Pape Damase, et les partisans de cette doctrine, quels qu'ils soient, hérétiques, et les assemblées qu'ils composent, hérétiques, et toute communication spirituelle et religieuse avec eux des enfants orthodoxes de l'Eglise catholique, illicite. Surtout en vertu du 7e canon du 5e Concile œcuménique.


§6

Cette hérésie entraînant avec elle, comme nous l'avons dit, une foule d'autres innovations, admise vers la moitié du septième siècle, sans caractère précis et sans désignation expresse en principe, s'insinuant peu à peu sous différentes significations dans les provinces occidentales de l'Europe pendant quatre ou cinq siècles, l'emportant, grâce à l'incurie des Pasteurs d'alors et à la protection des Souverains, sur l'antique orthodoxie de ces pays, égara peu à peu non-seulement les Eglises jusque-là orthodoxes de l'Espagne, mais encore celles de la Germanie, de la Gaule et de l'Italie même dont l'orthodoxie était jadis réputée dans tout l'univers, avec lesquelles communiquaient souvent nos très-saints Pères, tels que le grand Athanase et le divin Basile, et dont l'union de volonté et d'action avec nous jusqu'au 7e Concile œcuménique conserva intact l'enseignement de l'Eglise catholique et apostolique. Mais enfin l'ennemi de tout bien porta envie à notre union; et la nouvelle doctrine sur la saine et orthodoxe théologie du Saint-Esprit (« blasphème qui ne sera jamais remis aux hommes ni dans le présent ni dans les siècles futurs, » selon la décision de Notre-Seigneur Matth. 12.), et successivement sur les Mystères divins, surtout sur le Mystère du salutaire Baptême et de la sainte Communion; les innovations sur le Clergé; toutes ces monstrueuses inventions, se succédant, ont envahi même l'antique Borne qui était investie d'une grande importance dans l'Eglise, et dès lors on désigna sa doctrine sous la dénomination spéciale de Papisme. Car les Évêques de Rome, surnommés Papes, quoique dans les commencements quelques-uns se soient solennellement prononcés contre l'innovation, particulièrement Léon III et Jean VIII, comme nous l'avons dit, et l'aient condamnée à la face de l'univers, l'un par ses fameuses tables d'argent, l'autre par sa lettre au vénérable Photius dans le huitième Concile œcuménique, et par sa Lettre à Sphendopulchrus en faveur de Méthodius, Évêque de Moravie, cependant la plupart de leurs successeurs, séduits par les prérogatives que leur fournissait l'hérésie contre les Synodes pour dominer les Eglises de Dieu, et trouvant dans ces prérogatives de grands avantages mondains et «une grande exploitation, » rêvant une puissance absolue sur l'Eglise catholique et le monopole des grâces du Saint-Esprit, non-seulement ont altéré autour d'eux le culte antique, en se séparant par les innovations citées du reste de la Société chrétienne anciennement établie, mais encore ils ont tâché, même par des machinations illicites, suivant la tradition de la véridique histoire; d'entraîner dans leur séparation violente, dans leur révolte contre l'orthodoxie, les autres quatre Patriarcats, et d'assujettir ainsi l'Eglise universelle aux volontés et aux ordres d'un homme.


§7

Nos prédécesseurs, de glorieuse mémoire, et nos pères, voyant l'antique enseignement évangélique foulé aux pieds, et la tunique céleste de Notre-Seigneur déchirée par des mains impies, émus d'un amour paternel et fraternel, pleurèrent d'abord la perte de tant de chrétiens « pour qui Jésus-Christ est mort, » mais d'un commun effort et d'une volonté commune mirent ensuite tous leurs soins et tout leur honneur, dans les Conciles aussi bien que chacun en particulier, à conserver l'enseignement orthodoxe de la sainte Eglise catholique, à recoudre comme ils le pouvaient ce qui avait été déchiré ; et semblables à des médecins expérimentés, ils se consultèrent pour le salut du membre malade, supportant toute sorte de chagrins, de mépris et de persécutions, dans le but unique d'empêcher que le corps de Jésus-Christ ne fût démembré, que les règles posées par les saints Conciles ne fussent foulées aux pieds. Mais la véridique histoire nous a transmis l'inflexible obstination de l'Occident dans l'erreur ; ces hommes illustres purent se convaincre, par le fait, de la vérité des paroles de notre saint Père le divin Basile, qui, éclairé par l'expérience, disait déjà alors des Évêques de l'Occident et du Pape de son temps : « Ils ne connaissent pas la vérité et ne supportent pas qu'on la leur enseigne; ils cherchent querelle à ceux qui leur montrent la vérité, et par leurs propres exemples ils affermissent l'hérésie. » (À Eus. de Samosate) Ainsi nos pieux prédécesseurs, après une première et une seconde admonition fraternelle, reconnaissant que les Occidentaux ne veulent pas se repentir, « s'éloignèrent et renoncèrent à tout espoir, les abandonnant à leurs mauvaises pensées, » (car la guerre est préférable à la paix, qui nous sépare de Dieu, comme l'a dit notre saint Père Grégoire en parlant des Ariens.) Depuis lors il n'exista plus aucune communion spirituelle entre eux et nous, car le gouffre qu'ils ont creusé de leurs propres mains entre eux et l'orthodoxie est bien profond !


§8

Cependant le Papisme ne cessa pas de troubler la tranquille Eglise de Dieu ; mais envoyant partout des missionnaires, des trafiquants d'âmes, « il parcourt la terre et la mer pour faire un prosélyte, » pour séduire un orthodoxe, pour altérer l'enseignement de Notre-Seigneur, pour falsifier par une addition le divin symbole de notre Sainte Foi, pour dé¬montrer superflu le Baptême tel qu'il nous a été transmis par Dieu, pour démontrer inutile la communion dans le Ciboire du Testament, et pour répandre les mille autres choses que le démon de l'innovation suscita aux docteurs du moyen âge, dont l'audace s'attaqua à tout, et aux Évêques de l'ancienne Rome que la passion du pouvoir fit alors tout oser. Nos pieux Prédécesseurs et Pères, quoique poursuivis par le Papisme de tous côtés et de toutes manières, et dans leur propre pays et à l'extérieur, et immédiatement et médiatement, « se fiant au Seigneur, » purent cependant conserver et nous transmettre intact cet inestimable héritage de leurs Pères; nous, à notre tour, nous le transmettrons, Dieu aidant, comme un trésor précieux, aux générations à venir jusqu'à la consommation des siècles. Mais les Papistes ne cessent pas et ne cesseront pas, suivant leur coutume, de s'acharner contre l'orthodoxie qui s'élève devant leurs yeux comme une accusation vivante quotidienne de leur révolte contre la Foi de leurs ancêtres. Que ne dirigeaient-ils pas toutes ces attaques contre l'hérésie qui envahit et domina l'Occident ! Car qui doute que si leur zèle employé pour détruire l'orthodoxie eût été porté vers la destruction de l'hérésie et des innovations, suivant les pieux conseils de Léon III et de Jean VIII - ces immortels et derniers Papes orthodoxes - il n'en resterait depuis longtemps pas même de traces sur tout l'Univers, et nous serions maintenant « à tenir un même langage, » selon le précepte de l'Apôtre. Mais le zèle des successeurs de ces deux Pontifes n'était pas dirigé vers la défense de la Foi orthodoxe, comme l'était le zèle mémorable du bienheureux Léon III.


§9

Jusqu'à ces derniers temps les attaques des anciens Papes, provenant de leurs propres personnes, avaient cessé, et il ne s'en faisait plus que de la part de quelques missionnaires; mais récemment celui qui en 1846 est monté sur le siège épiscopal de Rome, et proclamé Pape sous le nom de Pie IX, publia le 6 janvier de la présente année une Lettre Encyclique adressée aux Chrétiens d'Orient, composée de 12 feuilles dans la traduction grecque, que son envoyé répandit, comme un miasme importé du dehors, au milieu de notre bercail orthodoxe. Dans cette Encyclique il parle à ceux qui à différentes époques se sont détachés des diverses communions chrétiennes pour se jeter dans le Papisme, et qu'il considère par conséquent comme siens; puis, il s'adresse également aux orthodoxes, non en particulier et en les appelant par leur nom, mais en citant nominativement (page 3, lig. 14-18; p. 4,1.19, et p. 9, 1. 17-25) nos divins Pères, il dépeint évidemment sous de fausses couleurs eux et nous leurs successeurs et leurs descendants; eux, en les considérant comme soumis sans examen aux ordres et aux décisions des Papes, par cela seul que ces décisions provenaient des Papes, comme arbitres de l'Eglise universelle; nous, en nous considérant comme transgresseurs de leurs exemples, et par suite nous accusant auprès du troupeau que Dieu nous a confié, de nous être violemment séparés de nos propres Pères, et de ne tenir aucun compte de nos devoirs sacrés et du salut de nos enfants spirituels. Ensuite, s'appropriant comme son bien particulier l'Eglise universelle de Jésus-Christ, sous prétexte qu'il occupe, comme il s'en vante, le siège épiscopal de saint Pierre, il veut tromper les simples et les détacher de l'orthodoxie, en répétant ces paroles si étranges pour tout homme nourri de science théologique (p. 10, 1. 20.) : «Vous n'avez même pas une raison ou un prétexte pour ne pas revenir dans le sein de la véritable Eglise et dans la communion de ce Saint-Siège. »


§10

Sans doute, chacun de nos frères et de nos fils en Jésus-Christ, qui aura reçu une éducation et une instruction pieuses, guidé par la sagesse qui vient d'en haut, jugera en lisant avec attention que les paroles de l'Évêque actuel de Rome, comme celles de ses prédécesseurs depuis le schisme, ne sont pas, comme il le dit, des paroles de paix et d'amour paternel (p. 7, 1. 8) , mais des paroles de tromperie et de captation n'ayant d'autre but que son intérêt particulier, selon l’habitude de ses prédécesseurs, adversaires constants des Conciles. Nous sommes donc assurés que les Orthodoxes ne se laisseront pas plus tromper à l'avenir qu'ils ne l'ont fait jusqu'à ce jour; car nous avons confiance dans la parole de Notre-Seigneur (Jean, 15): « Ils ne suivront pas l'étranger, mais ils le fuiront, car ils ne connaissent pas la voix des étrangers. »


§11

Toutefois nous avons cru de notre devoir paternel et fraternel, de notre devoir sacré, de vous raffermir encore par cette Lettre pastorale, dans l'orthodoxie que vous tenez de vos ancêtres, et en même temps de vous signaler en passant la faiblesse des raisonnements de l’Évêque de Rome, qui du reste la sent évidemment lui-même : car ce n'est pas de la confession apostolique qu'il tire la gloire de son Siège, mais c'est du Siège apostolique qu'il fait dériver sa prééminence, et de cette prééminence il déduit l'autorité de sa confession. Mais il n'en est pas ainsi : car non-seulement le Siège de Rome, qu'on croit sur une simple tradition avoir été honoré par saint Pierre, n'a jamais eu le droit de se mettre au-dessus du jugement des saintes Écritures et des décisions des Conciles, mais ce même droit n'a jamais été attribué au Siège qui a, d'après le témoignage des saintes Écritures, véritablement appartenu à saint Pierre, le Siège d'Antioche, dont l'Eglise est pour cela proclamée par saint Basile (Lettre à Athanase le Grand) : « l'Église la plus importante de toutes les Eglises de l'univers; » et, qui plus est, le second Concile œcuménique écrivant au Concile des Occidentaux (aux très-honorés et très-pieux frères et collègues Damase, Ambroise, Britton, Valérien, etc.), porte ce témoignage en disant : « La très-vénérable et véritablement apostolique Eglise d'Antioche en Syrie, qui la première vit naître dans son sein la glorieuse dénomination de Chrétien. » Mais qu'avons-nous besoin d'en dire davantage, quand la personne même de saint Pierre a été jugée à la face de tous suivant la vérité de l’Évangile (Galat. 11), et, selon le témoignage écrit, saint Pierre lui-même a été trouvé « digne de blâme, et ne marchant pas dans la voie droite. » Que devons-nous donc penser de ceux qui se vantent et s'enorgueillissent uniquement de la possession du siège qu'on lui attribue ? Et en effet, saint Basile le Grand, ce maître universel de l'orthodoxie dans l'Eglise catholique, auquel les Évêques de Rome eux-mêmes sont obligés de nous renvoyer (p. 8, 1. 51 ), nous a clairement et nettement signifié plus haut (§7), quelle estime nous devons avoir pour les jugements du Vatican; il dit : « Ces hommes ne savent pas la vérité et ne tolèrent pas qu'on la leur enseigne ; ils cherchent querelle à ceux qui leur annoncent la vérité, et affermissent l'hérésie par leurs propres exemples. » Ainsi donc, ces mêmes saints Pères que Sa Sainteté nous cite en les admirant avec raison comme ayant éclairé et instruit l'Occident même, et dont Elle nous conseille de suivre les leçons (même page), nous apprennent que nous ne devons pas juger l'orthodoxie d'après les insinuations du Saint-Siège, mais que nous devons juger le Saint-Siège, et celui qui l'occupe, d'après les saintes Écritures, d'après les décisions et les limites posées par les Conciles, et d'après la Foi confirmée, c'est-à-dire d'après l'orthodoxie de l'enseignement éternel. C'est d'après ces principes que nos Pères ont jugé et censuré en Concile Honorius, Pape de Rome, Dioscore, Pape d'Alexandrie, Macédonius, et Nestorius, Patriarches de Constantinople, Pierre, Patriarche d'Antioche, etc. Car si « l'abomination de la désolation peut résider dans le lieu saint, » suivant le témoignage des Écritures (Dan. 9, 27, et Matth. 24, 15), pourquoi l'innovation et l'hérésie ne se trouveraient-elles pas sur le Saint-Siège ? Ce qui précède peut servir à prouver en peu de mots l'insuffisance et la faiblesse des autres arguments (p. 8, 1.9, 11, 14) en faveur de la suprématie de l'évêque de Rome. Car si l'Eglise de Jésus-Christ n'avait été fondée sur la pierre inébranlable de la confession de Pierre (et cette confession a été la réponse commune de tous les Apôtres à la demande de leur Maître : « Et vous, qui croyez-vous que je sois ? » (Matth. 16, 15), confession consistant en ces mots : « Tu es le Christ, fils du Dieu vivant » (ibid. 16), selon l'explication de tous les saints Pères de l'Orient et de l'Occident, elle n'aurait que des fondements chancelants quand même elle s'appuierait sur la personne de Céphas, à plus forte raison sur celle des Papes, qui, après s'être appropriés à eux seuls les clefs du Royaume des Cieux, en ont fait par la suite un usage que l'histoire ne dénonce que trop clairement. Quant au sens de la triple injonction : « Pais mes brebis, » nos maîtres communs, les saints Pères, s'accordent à l'expliquer, non comme une prérogative quelconque accordée à saint Pierre à l'égard des autres Apôtres, et encore moins à ses successeurs, mais simplement comme sa réhabilitation dans l'Apostolat dont il était déchu pour avoir par trois fois renié son Maître. Saint Pierre lui-même paraît avoir ainsi compris le sens de la triple interpellation du Seigneur: « M'aimes-tu? » et de ces paroles : « plus que ceux-ci » (Jean, 21:16); car, se rappelant ce qu'il avait dit au Seigneur : « Quand même tu deviendrais un sujet de scandale pour tous, jamais tu ne le deviendras pour moi » (§ 12) il s'affligea de s'entendre demander par trois fois : « M’aimes-tu? » Or, ses successeurs n'ont voulu voir dans cette parole du Sauveur que la plus haute bienveillance pour Pierre, parce que cela convenait à leur but.


§12

Sa Sainteté dit encore (p. 8, 1. 12) que Notre-Seigneur a dit à Pierre (Luc, 22, 52) : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Lors donc que tu seras converti, aie soin d'affermir tes frères. » La prière de Notre-Seigneur fut proférée par la raison que Satan cherchait à tenter (ibid. 51) la foi de tous les disciples, et le Seigneur ne le permit qu'à l'égard de Pierre seul, et cela parce que Pierre avait dit des paroles présomptueuses et s'estimait au-dessus des autres disciples (Matth. 26, 33), en disant : « Quand même tu deviendrais un sujet de scandale pour tous les autres, tu ne le seras jamais pour moi. » Mais cette permission du Seigneur ne fut pas pour longtemps; « Pierre se prit à affirmer sous serment qu'il ne connaissait pas cet homme; » tant la nature humaine est faible quand elle est abandonnée à elle-même! « l'esprit est plein de zèle, mais la chair est infirme. » (Matth. 20, 41.) Celte permission, avons-nous dit, ne fut que pour un temps, afin que, rentré en lui-même et revenu au Seigneur, il pût, par sa conversion avec des larmes de repentir, affermir encore davantage ses frères dans leur foi en celui qu'ils n'avaient, eux, ni renié, ni répudié par un faux serment. Oh ! que les décrets du Seigneur sont pleins de sagesse! Qu'elle était divine et abondante en mystères cette dernière nuit passée sur la terre par le Sauveur! Cette même Cène mystique, nous croyons l'accomplir chaque fois jusqu'à ce jour, en vertu du précepte : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc, 22,19), et ailleurs : « Toutes les fois que vous mangerez de ce pain et que vous boirez de ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne. » (Paul, I Corint. 11,26.) Cet amour fraternel qui nous a été recommandé avec tant d'instances par noire Maître à tous : « C'est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres » (Jean, 13, 35), cet amour dont les Papes ont les premiers déchiré le pacte et le gage, en protégeant et acceptant des innovations hérétiques en contravention à ce qui avait été enseigné et statué par nos communs Maîtres et Pères, c'est ce même amour, disons-nous, qui agit jusqu'à ce jour sur les âmes des peuples restés fidèles à l'enseignement du Christ, et plus particulièrement sur les âmes de leurs pasteurs. Car nous déclarons publiquement, en présence de Dieu et des hommes, que l'oraison de notre Sauveur à Dieu son Père afin qu'une mutuelle charité règne entre les Chrétiens et les maintienne unis dans le sein d'une même Eglise, sainte, catholique et apostolique, à laquelle nous croyons, « afin qu'ils soient un, comme nous sommes un » (Jean, 17, 22), opère en nous comme sur Sa Sainteté; ici notre affection et notre zèle fraternel se confondent avec ceux de Sa Sainteté, avec cette seule différence que nous y mettons la condition de conserver intact et pur le divin, l'irréprochable, le parfait symbole de la Foi des Chrétiens, selon la parole de l’Évangile et les règles posées par les sept Conciles œcuméniques, et conformément à la doctrine de l'Eglise universelle, invariable dans sa perpétuité, tandis que Sa Sainteté ne voit dans cette union que les moyens de fortifier et d'augmenter le pouvoir et la prééminence de ceux qui occupent le Siège pontifical, et d'étendre l'autorité de leurs modernes enseignements. Tel est, en peu de mots, le point capital de la discussion, tel est le mur de séparation qui s'élève entre eux et nous. La prédiction divine (ibid., 10, 16) : « J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de ce bercail; il faut aussi que je les amène, et elles entendront ma voix ( « que l'Esprit procède du Père » ), » secondée dans son accomplissement par la sagesse tant vantée de Sa Sainteté, opérera durant son pontificat, nous l'espérons, l'aplanissement du différend qui nous divise encore.


Et maintenant abordons la troisième considération : En supposant même, selon les paroles de Sa Sainteté, que la prière de Notre-Seigneur en faveur de Pierre, qui devait le renier et se parjurer, est attachée et inhérente au Siège de Pierre, et que son influence se transmet à tous ceux qui, dans la suite des temps, sont assis sur ce Siège, quoique nous ayons déjà dit (§11) qu'une pareille supposition ne peut en aucune façon servir à confirmer cette doctrine (comme nous pouvons nous en convaincre, suivant les Écritures, par le propre exemple de saint Pierre, même après la venue du Saint-Esprit), nous savons positivement, par les paroles du Seigneur, qu'il doit venir un temps où cette prière, faite en prévision du parjure de Pierre, pour que la Foi ne lui manquât pas à la fin, agira sur quelqu'un de ses successeurs qui, comme lui, pleurera amèrement, et, faisant un retour sur lui-même, nous affermira avec d'autant plus d'autorité, nous ses frères, dans la Confession orthodoxe que nous tenons de nos devanciers. Et plût au Ciel que ce vrai successeur de saint Pierre fût Sa Sainteté elle-même! Mais à cet humble souhait de notre part nous serait-il permis d'ajouter un sincère et cordial avis au nom de la sainte Eglise universelle? Sans doute nous n'osons, pas nous exprimer comme le fait Sa Sainteté, nous ne prétendons pas qu'on prenne une aussi grande résolution « sans autre ajournement; » nous disons, au contraire, que ce soit sans précipitation, après mûre réflexion, et, s'il le faut, après s'être concerté avec les plus savants théologiens, avec les plus pieux, les plus amis de la vérité et les plus exempts de préjugés parmi les Évêques qui, par la grâce de Dieu, abondent aujourd'hui chez toutes les nations de l'Occident.


§13

Sa Sainteté dit que l’Évêque de Lyon, Saint Irénée, écrit, à la louange de l'Eglise romaine : « II faut que toute l'Eglise se rallie, c'est-à-dire, tous les fidèles de partout, à cause de la prééminence de cette Église qui a fidèlement conservé l'enseignement transmis par les Apôtres sur tout ce que croient tous les fidèles de l'univers. » Quoique ce saint personnage ait dit toute autre chose que ce que pensent les partisans du Vatican, nous les laissons tirer de ce passage l'acception et la signification qui leur convient, et nous leur demandons qui nie que l'antique Église romaine n'ait été apostolique et orthodoxe? Nous indiquerons même, à sa plus grande louange, d'après l'historien Sozomène (Hist. Ecclés., liv. III, chap. XII), la manière dont elle a pu, jusqu'à un certain temps, conserver l'orthodoxie que nous louons en elle , ce que Sa Sainteté a omis : « En général, l'Eglise de tout l'Occident, se gouvernant strictement d'après la teneur des dogmes transmis par nos Pères, s'est maintenue exemple de toute scission et de toute aberration dans les questions religieuses. » D'ailleurs, qui de nos pères, qui de nous-mêmes a jamais nié ses prérogatives canoniques dans l'ordre de la hiérarchie, tant qu'elle se gouvernait strictement d'après la teneur des dogmes transmis par nos Pères, adhérant à la règle infaillible de l'Écriture et des Conciles? Mais à présent, nous ne trouvons plus conservé en elle ni le dogme de la sainte Trinité, suivant le symbole des saints Pères réunis au premier concile de Nicée et au deuxième de Constantinople, symbole qu'ils ont confessé, qu'ils ont sanctionné, et dont la moindre déviation a été frappée d'anathème par les cinq Conciles œcuméniques subséquents. Nous ne retrouvons plus en elle le type apostolique du saint Baptême , ni l'invocation du Saint-Esprit sur les saints Mystères ; mais nous voyons au contraire avec douleur qu'elle considère le saint Ciboire lui-même comme un breuvage superflu , et un très-grand nombre d'autres choses inconnues non-seulement à nos saints Pères, qui ont toujours été la règle universelle et les guides infaillibles de l'Orthodoxie, comme Sa Sainteté l'enseigne elle-même par respect pour la vérité (pag. 2), mais inconnues même aux anciens Pères de l'Occident; une de ces choses est précisément cette suprématie pour laquelle Sa Sainteté combat de toutes ses forces, comme ont combattu ses prédécesseurs; suprématie transformée en souveraineté temporelle, d'autorité fraternelle et de prérogative hiérarchique qu'elle était d'abord. Que faut-il donc penser de ses traditions orales, si les traditions écrites ont subi un si grand changement et une si forte altération en mal ? Et quel est l'homme assez confiant dans le droit du Saint-Siège pour oser dire que, si le bienheureux Père Irénée pouvait revenir à la vie, en voyant aujourd'hui cette Église violemment séparée de l'antique et premier enseignement apostolique sur des articles si importants et si essentiels du Christianisme, il ne se serait opposé, lui, le premier aux innovations, aux décrets arbitraires de cette même Église romaine, si justement alors louée par lui, comme se gouvernant strictement d'après la teneur des dogmes de nos Pères? En voyant, par exemple, l'Eglise romaine qui ne se contente pas de rejeter de sa Liturgie, par l'instigation de quelques faux docteurs, la très-ancienne et apostolique invocation du Saint-Esprit, mutilant ainsi pitoyablement le service divin dans sa partie la plus essentielle; mais encore qui s'efforce continuellement de la faire aussi rejeter des Liturgies des autres Communions chrétiennes, prétendant faussement, d'une manière si indigne du Siège apostolique dont elle se vante, que « cet usage s'est introduit après la séparation » (p. 11, l. 11; que dirait de cette innovation ce saint Père, lui qui nous assure (Iren., liv. IV, chap. 54, édit. Massuet, 18) que : « le pain terrestre, pris sous l'invocation de Dieu, n'est plus du pain ordinaire, etc. » François Feu Ardentius, de l'ordre des moines latins appelés frères Mineurs, qui publia en 1059, avec des commentaires les œuvres de ce saint, nota particulièrement dans le 18e chapitre du premier livre, p. 114, que saint Irénée croyait que le Mystère du service divin n'était complet que par cette invocation : « Panem et calycem commixtum per invocationis verba corpus et sanguinem Christi vere fieri. » Le pain de l'Eucharistie et le vin mêlé d'eau dans le calice deviennent véritablement par les paroles de l'invocation le corps et le sang de Jésus-Christ (saint Irénée). » Que dirait-il encore à l'aspect du vicariat terrestre et de l'arbitrage universel que s'arrogent les Papes, lui qui, à l'occasion d'un différend de peu d'importance sur l'époque de la célébration des Pâques (Eusèbe, Hisl. eccl., V., 26), parvint, par ses remontrances énergiques et victorieuses, à réprimer les emportements auxquels se livrait le pape Victor, au mépris de la liberté chrétienne, dans l'Eglise de Jésus-Christ. Ainsi, celui-là même que Sa Sainteté appelle en témoignage de la suprématie de l'Eglise romaine, déclare que son droit n'est pas souverain ni même arbitral - ce que saint Pierre lui-même n'a jamais prétendu - mais une simple préséance entre frères au sein de l'Eglise universelle, un honneur décerné aux Papes par égard pour l'ancienneté et l'illustration de la Cité reine. C'est ainsi que le quatrième Concile oecuménique voulant aviser au maintien de l'indépendance des Eglises, réglée par le troisième concile œcuménique (Can. VIII), suivant les principes du second concile (Can. III), s'appuyant sur le premier Concile œcuménique (Can. VI), qui appelle le pouvoir arbitral du Pape sur l'Occident une coutume, proclame que « les Pères ont donné avec raison la prééminence aux Évêques de Rome, parce que cette ville était la capitale de l'Empire (Can. XXVIII), mais sans dire un seul mot de l'origine prétendue apostolique remontant à saint Pierre, et encore moins du Vicariat de ses Évêques et du droit d'être le Pasteur universel. Un si profond silence sur d'aussi grandes prérogatives, et plus encore les causes auxquelles on fait remonter leur origine en les attribuant non à ces paroles : « Pais mes brebis. » ni à celles-ci : « Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, » mais tout simplement à la coutume et à la circonstance que cette ville était la capitale de l'Empire, et ces prérogatives mêmes, ainsi expliquées, accordées non par le Seigneur, mais par les Pères, paraîtront, nous en sommes sûrs, d'autant plus extraordinaires à Sa Sainteté, qui avait une tout autre idée de ses prérogatives (p. 8, 1. 1G), que nous La voyons (§. 15) faire un très-grand cas du témoignage qu'Elle croit avoir trouvé rendu sur son Siège par ledit quatrième concile œcuménique. Saint Grégoire le Dialogue, surnommé également le Grand, avait coutume de dire que ces quatre Conciles œcuméniques étaient comme les quatre Évangiles et la pierre angulaire sur laquelle a été bâtie l'Église universelle.


§14

Sa Sainteté dit (p. 10, 1.12) que les Corinthiens, s'étant divisés d'opinions, s'en rapportèrent à Clément, Pape de Rome, qui leur écrivit son jugement sur cette affaire; les Corinthiens témoignèrent tant de respect pour sa décision, qu'ils la lisaient même dans les Églises. Mais cette circonstance est un argument bien faible en faveur de l'autorité des Papes dans la maison de Dieu; car, Rome étant alors le siège du gouvernement, et la capitale où séjournaient les Empereurs, il fallait bien que toute affaire quelque peu importante, comme on nous présente cette division des Corinthiens, fût jugée là, surtout si l'une des parties voulait soumettre le différend à une intervention du dehors; cela arrive encore de nos jours. Les Patriarches d'Alexandrie, d'Antioche, de Jérusalem, dans les cas extraordinaires et difficiles, écrivent au Patriarche de Constantinople, parce que cette ville est le siège de l'Empire et à cause de la préséance de ce siège dans les Synodes ; et si le concours fraternel remédie à la perplexité, la chose en reste là; sinon, on s'en réfère au pouvoir temporel, suivant les lois. Mais ce concours fraternel, dans les affaires de la Foi chrétienne, ne s'exerce pas au prix de l'asservissement des Églises de Dieu. Nous pouvons en dire autant des exemples tirés de saint Athanase le Grand et de saint Jean Chrysostome ( p. 9, 1. 5., 17 ); Sa Sainteté veut en déduire la preuve de l'autorité fraternelle due aux prérogatives des Evêques de Rome Jules et Innocent ; les successeurs de ces Papes veulent nous forcer à reconnaître encore aujourd'hui cette autorité par l'altération du divin symbole; cependant nous voyons ce même Jules s'irriter contre certains hommes de son temps qui « troublaient les Églises en ne s'en tenant pas aux dogmes de Nicée » (Soz. Hist. eccl. liv. III, chap. 7), et les menaçant (ibid.) « de ne plus les tolérer à moins qu'ils ne cessent d'innover, » II faut en outre noter dans l'affaire des Corinthiens, dont il est question plus haut, que, comme il n'y avait alors que trois Sièges patriarcaux, celui de Rome était le plus proche des Corinthiens et le plus convenable d'après la division de l'Empire en provinces, et c'est à ce Siège qu'ils devaient s'en rapporter d'après les canons. Nous ne voyons donc dans tout ce qui précède rien d'extraordinaire, rien qui démontre l'autorité absolue du Pape dans l'Eglise libre de Dieu.


§15

Sa Sainteté dit enfin (même page. 1. 20), que le quatrième Concile œcuménique (que par erreur sans doute il transporte de Chalcédoine à Carhedon), après la lecture de la lettre du Pape Léon I, s'écria : « Pierre lui-même a parlé ainsi par la bouche de Léon ; » cela est en effet parfaitement vrai. Mais Sa Sainteté n'aurait pas dû passer sous silence comment et après quel mûr examen nos Pères acclamèrent ainsi les louanges de Léon. Mais puisque Sa Sainteté, pour abréger peut-être, laisse incomplet le récit de cet événement si important et qui prouve d'une manière on ne peut plus évidente à quel point le Concile œcuménique est supérieur en dignité non-seulement au Pape, mais encore à son Collège, nous allons, nous, faire connaître au public tout ce qui s'y est passé comme cela est réellement arrivé. Sur plus de six cents Pères réunis au Concile de Chalcédoine, deux cents, les plus instruits, furent désignés par le Concile pour examiner et d'après la lettre et d'après l'esprit l’Epître citée de Léon, et pour rapporter par écrit et avec leur signature leur propre jugement sur elle, si elle est ou non orthodoxe. Les opinions motivées de chaque évêque, au nombre de deux cents, sont rapportées textuellement, surtout dans l'exposé de la quatrième séance dudit saint Concile.


En voici quelques exemples :

« Maxime, Évêque d'Antioche en Syrie, dit : La lettre du vénérable Archevêque de la ville capitale de Rome, Léon, s'accorde avec tout ce qui a été exposé par les trois cents dix-huit vénérables Pères de Nicée, par les cent-cinquante de Constantinople, la Nouvelle-Rome, et avec la foi exposée à Ephèse par le très-saint Evêque Cyrille. Et j'ai signé. »


Et encore :

« Théodoret, Évêque de Cyre : La lettre du vénérable Archevêque Léon s'accorde avec la foi exposée à Nicée par les vénérables Pères et avec le symbole de la Foi dicté à Constantinople par les cent cinquante et avec les lettres du vénérable Cyrille ; c'est pourquoi, acquiesçant à la dite lettre, j'ai signé. »


Et ainsi de suite, tous s'expriment ainsi :

« La lettre s'accorde, » « la lettre est d'accord quand au sens, » etc. C'est après un si grand et si minutieux examen, en la comparant aux dogmes des saints Conciles antérieurs, après s'être pleinement convaincus de la droiture des pensées, et non simplement parce que c'était une lettre du Pape, qu'ils proférèrent sans aucune envie cette exclamation fameuse dont se vante et se pare aujourd'hui Sa Sainteté. Mais si Sa Sainteté nous envoyait elle-même des pensées en accord parfait avec les premiers sept Conciles œcuméniques, au lieu de se vanter de la piété de ses Prédécesseurs à laquelle nos Prédécesseurs et nos Pères ont rendu hommage en plein Concile œcuménique, Elle aurait avec raison à se vanter de sa propre orthodoxie : au lieu de proclamer les belles actions de ses pères, Elle montrerait les siennes propres. Il dépend donc de Sa Sainteté, à présent encore, si Elle nous envoie des pensées telles que, deux cents Pères, après les avoir examinées et comparées, les trouvent en accord parfait avec les premiers Conciles; il dépend, disons-nous, d'Elle d'entendre également aujourd'hui de nous, humbles pécheurs, non-seulement ces mots : « Pierre lui-même a parlé par sa bouche » et d'autres louanges semblables, mais encore ceci : « Embrassons la vénérable main qui a essuyé les larmes de l'Eglise universelle. »


§16

Et certes, il était permis d'attendre de la haute intelligence de Sa Sainteté une œuvre si grande, digne d'un vrai successeur de saint Pierre, de Léon I et de Léon III, qui, pour conserver intacte la Foi orthodoxe, fit graver le divin symbole sur des tables à l'épreuve de toute atteinte; cette œuvre réunissait les Églises d'Occident à la sainte Eglise universelle dans laquelle la préséance canonique de Sa Sainteté et les sièges de tous les Évêques de l'Occident restent vacants, mais prêts à leur être rendus. Car l'Eglise universelle, toujours disposée à accueillir le retour des pasteurs qui ont déserté avec leurs troupeaux, n'ordonne pas sous un vain nom des intrus pour des Sièges qui sont occupés de fait par d'autres, en trafiquant ainsi du sacerdoce. Nous attendions cet appel et nous fondions sur lui nos espérances, afin, comme écrivait saint Basile à saint Ambroise, évêque de Milan (Let. 55), « de réintégrer les traces antiques de nos Pères, » quand, en lisant, non sans un grand étonnement, la Lettre encyclique aux chrétiens d'Orient, nous vîmes, avec une indicible douleur, Sa Sainteté si vantée pour sa sagesse, suivre l'exemple de ses prédécesseurs depuis la séparation, et parler le langage de l'innovation : c'est-à-dire fausser notre irrépréhensible divin symbole déjà irrévocablement fixé par les Conciles œcuméniques; violer les saintes Liturgies dont la céleste organisation, les noms de leurs coordonnateurs, le style de l'auguste antiquité et la consécration donnée par le septième Concile œcuménique (acte VI) auraient à eux seuls desséché et fait reculer même la main sacrilège et prête à tout oser, qui frappa le Seigneur au visage. Nous avons pu juger par là dans quel inextricable labyrinthe d'erreurs, dans quel cercle vicieux le Papisme a jeté même les plus sages et les plus pieux Évêques de l'Eglise romaine, pour qu'ils ne puissent conserver autrement le dogme de l'infaillibilité et par conséquent la prétention au Vicariat et la primauté absolue avec tout ce qui en découle, qu'en foulant aux pieds tout ce qu'il y a de plus divin, qu'en attaquant tout avec la dernière audace, et cela en affectant en paroles le respect pour « la vénérable antiquité » (p. 11,1. 16), mais en conservant en fait au fond du cœur toute l'implacable fureur des novateurs contre les choses saintes, comme on le voit dans ces paroles : « Il faut rejeter des liturgies tout ce qui s'y est introduit après le schisme ! ! etc. » (ibid. p. 11), répandant ainsi le venin de l'innovation jusque sur la célébration de la sainte Cène. Il semble, d'après les paroles de Sa Sainteté, qu'il est arrivé dans l'Eglise catholique orthodoxe ce qu'il sait être arrivé dans l'Eglise romaine après le Papisme,c'est-à-dire de graves changements dans tous les sacrements et leur altération par des subtilités scolastiques, sur laquelle il se base pour croire que nos saintes Liturgies, nos sacrements, nos dogmes ont également souffert ; cependant Sa Sainteté respecte toujours « leur vénérable antiquité, » et usant d'une indulgence entièrement apostolique, elle ne veut pas, dit-elle, « nous affliger par une rigoureuse proscription. » C'est d'une telle ignorance des coutumes apostoliques et catholiques conservées chez nous que provient sans doute cette autre assertion de sa part (p. 7, I. 22) : « Vous n'avez pu conserver parmi vous l'unité de l'enseignement sacré et du gouvernement ecclésiastique. » Sa Sainteté nous attribue étrangement sa propre maladie! C'est ainsi que Léon IX écrivait jadis au bienheureux Michel Cérulaire, accusant les Grecs, sans respect pour sa dignité ni pour l'histoire, d'avoir altéré le Symbole de l'Eglise universelle. Mais nous sommes convaincus que si Sa Sainteté rappelle à Sa mémoire l'Archéologie ecclésiastique et l'histoire, l'enseignement des saints Pères et les Liturgies antiques de la Gaule et de l'Espagne, et le Bréviaire de l'antique Eglise de Home, Elle sera étonnée de découvrir à combien d'autres monstruosités, encore existantes, le Papisme a donné le jour en Occident, tandis que l'orthodoxie a conservé parmi nous l'Eglise universelle comme une fiancée sans tache à son céleste Époux, bien que nous ne soyons soutenus par aucun pouvoir séculier, que Sa Sainteté qualifie de « gouvernement ecclésiastique » (p. 7, 1. 25), n'ayant d'autre lien entre nous que celui d'une charité mutuelle, ni d'autre garantie de l'unité que notre piété filiale envers notre Mère commune; et cette piété filiale est la source de notre obéissance à la vérité et à la doctrine marquée des sept sceaux de l'Esprit (Apoc. 5, 1) c'est-à-dire, les sept Conciles œcuméniques. Sa Sainteté reconnaîtra alors combien il faut au contraire « rejeter des enseignements et des rites de la Papauté » comme étant des « commandements humains, » pour que l'Eglise d'Occident, qui a introduit des innovations en toute chose, pût se rapprocher de l'inaltérable Foi catholique orthodoxe de nos Pères communs, pour laquelle Elle dit (p. 8, 1. 30) connaître notre zèle « à veiller sur la doctrine conservée par nos ancêtres. » Aussi fait-elle bien de nous recommander (ibid., 1. 31) « de suivre les antiques Évêques et les fidèles des provinces d'Orient. » Ces Évêques nous ont prescrit en Concile (§ l5), et le divin Basile nous a clairement expliqué (§ 17) comment ils entendaient l'autorité magistrale des Évêques de l'ancienne Rome, et quelle idée nous devons nous en faire dans l'Eglise orthodoxe, et de quelle manière nous devons recevoir leurs doctrines. Ce même Basile Le Grand, pour ne pas entrer ici dans une dissertation inopportune, nous apprendra en peu de mots ce qu'il pensait de la suprématie des Pontifes romains; il dit : « Je voulais écrire à leur chef. » (Ibid.)


§17

De tout ce qui précède, tout homme familiarisé avec la saine doctrine catholique, à plus forte raison Sa Sainteté, peut conclure combien il est impie et contraire aux décrets des Conciles d'oser attenter à nos dogmes, à nos Liturgies et à nos autres pratiques sacrées, qui sont, et qu'on avoue être contemporains de la prédication chrétienne, puisque on les a toujours respectés et considérés comme inviolables, même au jugement des anciens Papes orthodoxes avec lesquels alors ils nous étaient communs. Combien au contraire il est salutaire et conforme à la religion de corriger les innovations dont la date dans les annales de l'Eglise romaine nous est parfaitement connue, et contre lesquelles nos Pères ont dans le temps protesté. Il existe encore d'autres raisons qui militent en faveur des réformes indiquées et les présentent à Sa Sainteté comme très-admissibles : d'abord, que nos dogmes étaient jadis vénérés par les Occidentaux, puisqu'ils avaient les mêmes pratiques religieuses et qu'ils confessaient le même symbole; tandis que les dogmes nouveaux n'étaient même pas connus de nos pères, ne peuvent pas s'appuyer même sur les écrits des Pères orthodoxes de l'Occident, et ne sauraient être recommandables ni par leur antiquité, ni par leur catholicité. Ensuite, chez nous des innovations n'ont pu être introduites ni par les Patriarches, ni par les Conciles; car chez nous la sauvegarde de la religion réside dans le corps entier de l'Eglise, c'est-à-dire dans le Peuple lui-même qui veut que son dogme religieux reste éternellement immuable et conforme à celui de ses Pères, comme l'ont éprouvé par le fait plusieurs Papes après le schisme et quelques Patriarches sectateurs de la Papauté, qui n'ont pu venir à bout de rien. Dans l'Eglise d'Occident au contraire, de même qu'à différentes époques, des Papes ont, avec ou sans difficulté, sanctionné les innovations par ménagement, comme ils disaient pour s'en justifier à nos Pères - quoique démembrant ainsi le corps de Jésus-Christ - de même encore un Pape, cette fois par une mesure véritablement juste de ménagement divin, peut, en raccommodant non des filets, mais la robe elle-même toute déchirée du Sauveur, réédifier la vénérable antiquité « capable de conserver la dévotion, » comme dit Sa Sainteté (p. 11, I. 16); s'il est vrai qu'il honore autant qu'il le dit (ibid., I. 14) et autant que le faisaient ses Prédécesseurs, cette vénérable antiquité, qu'il répète la parole mémorable d'un de ses Prédécesseurs (Célestin, du temps du 5e Concile œcuménique) : « Desinat novitas incessere vetustatem » « Que l'innovation cesse enfin de souiller l'antiquité ! » Que l'Eglise catholique retire au moins cet avantage de l'infaillibilité présumée des décrets des Papes ! A la vérité, dans une telle entreprise, Pie IX, quelque grand qu'il soit par la sagesse, par la piété et par le zèle qu'il témoigne pour l'unité chrétienne dans l'Eglise universelle, se verra pourtant susciter de tous côtés des obstacles et des peines sans nombre. Mais ici surtout nous sommes obligés, qu'il nous pardonne cette audace, de rappeler à Sa Sainteté ce passage de sa Lettre (p. 18, 1. 52) : « Dans tout ce qui regarde la sainte Religion, il n'est aucun mal qu'on ne doive supporter pour la gloire de Jésus-Christ et pour la rémunération dans la vie future.» Il dépend de Sa Sainteté de manifester devant Dieu et devant les hommes que s'il prend l'initiative des conseils pieux, il est également prêt, même au préjudice de ses propres intérêts, à venger l'autorité méconnue des Évangiles et des Conciles, afin de se constituer par là, selon l'expression du Prophète : « Souverain dans la paix et Pontife dans la justice. » Ainsi soit-il ! Mais en attendant ce retour tant souhaité des Églises détachées du corps de la sainte Eglise, une, catholique et apostolique dont « Jésus-Christ est le chef » (Paul, Eph., IV, 15), et chacun de nous « un des membres, » tout conseil venant de leur part et toute exhortation portant atteinte à l'irrépréhensible Foi que nous tenons de nos Pères, sont justement condamnés en Concile, non-seulement comme suspects et devant être repoussés, mais encore comme erronés et tendant à compromettre le salut des âmes; dans cette catégorie doit être rangée eu première ligne la Lettre encyclique aux Chrétiens d'Orient de l’Évêque de l'ancienne Rome, Pape Pie IX ; et nous la proclamons telle dans l'Eglise universelle.


§18

C'est pourquoi, nos chers frères et coopérateurs de notre humilité, nous avons toujours cru, et à plus forte raison maintenant, à l'occasion de la publication de la susdite Lettre encyclique, croyons-nous de notre devoir rigoureux, sous peine de responsabilité patriarcale et collective, pour empêcher qu'aucun ne se perde du sacré bercail de l'Eglise catholique orthodoxe, notre très-sainte Mère à tous, de rappeler chaque jour à notre propre souvenir et de vous engager à méditer aussi, afin de nous rappeler constamment et de nous répéter les uns aux autres les paroles et les exhortations de saint Paul à nos Prédécesseurs que lui-même a convoqués à Éphèse : « Prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis Évêques pour gouverner l'Eglise de Dieu qu'il a acquise par son propre sang. Car je sais qu'après mon départ il entrera parmi vous des loups ravisseurs qui n'épargneront point le troupeau, et que d'entre vous-mêmes il s'élèvera des gens qui publieront des doctrines corrompues, afin d'attirer des disciples après eux. C'est pourquoi veillez. « (Actes, XX.) Jadis nos Prédécesseurs et nos Pères, ayant entendu ces célestes admonitions, répandirent des larmes abondantes, et se jetant à son cou l'embrassèrent à plusieurs reprises. Et nous pareillement, nos frères, dociles aux conseils de l'Apôtre sanctifiés par ses larmes, allons nous jeter aussi tout en pleurs à son cou, et tâchons de le consoler par nos étreintes filiales et par la promesse formelle que jamais personne ne nous séparera de l'amour de Jésus-Christ, jamais personne ne nous détournera de l'enseignement évangélique, jamais personne ne nous égarera loin de la voie tracée par nos Pères, de même que nul n'a pu les égarer, eux, malgré tous les efforts employés à diverses époques par ceux que suscite à cet effet le tentateur. C'est ainsi que nous mériterons d'entendre de notre Maître ces paroles : « C'est bien, bon et fidèle serviteur, » recevant le salaire de la Foi, c'est-à-dire le salut de notre âme et de celle du troupeau spirituel dont le Saint-Esprit nous a établis les pasteurs.


§19

Et par vous nous transmettons ce commandement apostolique et cette exhortation à toute la société orthodoxe sur toute la surface du globe, aux prêtres séculiers et réguliers, aux diacres et aux moines, en un mot à tout le clergé et à tout le peuple fidèle, aux gouvernants et aux gouvernés, aux riches et aux pauvres, aux parents et aux enfants, aux précepteurs et aux élèves, aux hommes instruits et aux ignorants, aux maîtres et aux serviteurs, afin que tous, nous prêtant mutuellement des forces et des conseils, « nous puissions résister aux machinations du démon. » Car c'est ainsi que nous exhorte également tous l'apôtre saint Pierre (Epist. 11) : « Abstenez-vous, veillez; car votre ennemi l'esprit des ténèbres, comme un lion rugissant, erre cherchant une proie à dévorer. Vous lui résisterez en vous affermissant dans la Foi. »


§20

Car notre Foi, nos frères, ne nous vient pas des hommes ni par l'homme, mais par la révélation de Jésus-Christ ; elle a été proclamée par les divins Apôtres, affermie par les saints Conciles œcuméniques, transmise successivement par les doctes et grands Précepteurs de l'univers, et scellée par le sang versé des saints Martyrs. « Conservons la confession » que nous avons reçue intacte d'aussi grands hommes, fuyant toute innovation comme une suggestion du démon; celui qui accepte une innovation accuse d'insuffisance la Foi proclamée orthodoxe. Mais cette Foi a été marquée du sceau de la perfection, et n'est plus susceptible ni de diminution, ni d'augmentation, ni d'altération d'aucune sorte; et quiconque ose exécuter, ou conseiller, ou préméditer un pareil acte, a déjà renié la foi de Jésus-Christ, s'est déjà soumis volontairement à l'éternel anathème comme blasphémateur du Saint-Esprit qu'il suppose avoir dogmatisé d'une manière incomplète dans les Écritures et par le ministère des Conciles œcuméniques. Ce terrible anathème, nos frères et nos chers enfants en Jésus-Christ, ce n'est pas nous qui le prononçons aujourd'hui, mais notre Sauveur lui-même l'a prononcé le premier (Matth. XII, 32) : « Si quelqu'un vient à parler contre le Saint-Esprit, il ne lui sera remis ni en ce siècle, ni dans le siècle à venir; » il a été prononcé par saint Paul (Galat., 1., 6) : « Je m'étonne qu'en abandonnant celui qui vous avait appelés à la grâce de Jésus-Christ, vous ayez passé si promptement à un autre Évangile. Non qu'il existe un autre Évangile, mais il y a des gens qui tous troublent et qui veulent renverser l’Évangile de Jésus-Christ. Mais si quelqu'un vous annonce un autre Évangile que celui que nous vous avons annoncé, quand ce serait nous-mêmes, ou un ange du ciel, qu'il soit anathème; » il a été prononcé par les sept Conciles œcuméniques et par la cohorte tout entière des divins Pères. Donc tous les novateurs par hérésie ou par schisme ont volontairement revêtu, suivant le Psalmiste (Ps. 108,17), « la malédiction comme une robe, » qu'ils aient été Papes, ou Patriarches, ou clercs, ou laïques. « Si quelqu'un vous annonce un autre Évangile que celui que nous avons annoncé, quand ce serait un ange du ciel, qu'il soit anathème. » En pensant ainsi, et obéissant aux paroles salutaires de Paul, nos Pères sont restés fermes et inébranlables dans la Foi qui leur a été transmise par succession, et ils l'ont conservée immuable et sans souillure au milieu de tant d'hérésies, et ils nous l'ont transmise pure et sans altération comme elle est sortie de la bouche des premiers serviteurs du Verbe. Pénétrés de la même conviction, nous la transmettrons à notre tour aux générations à venir - pure, comme nous l'avons reçue, sans y rien changer, afin qu'ils puissent, eux aussi comme nous, parler le front haut et sans honte de la Foi de leurs ancêtres.


§21

Ainsi, nos frères et nos chers enfants en Jésus-Christ, « ayant purifié nos âmes en obéissant à la vérité, » suivant l'Apôtre (1. Pier., I, 22), « il nous faut faire une grande attention aux choses que nous avons entendues, de peur que nous ne les laissions écouler. » (Hébr., 2,1.) La Foi et la Confession que nous avons est irrépréhensible, puisqu'elle est enseignée dans l’Évangile de la bouche même de notre Sauveur, attestée par les saints Apôtres et par les sept Conciles œcuméniques, proclamée sur toute la terre, confirmée par ses propres ennemis qui, avant de se détacher de l'orthodoxie pour se jeter dans les hérésies, avaient, eux aussi ou leurs pères, ou leurs ancêtres, cette même Foi; elle est attestée par l'histoire de tous les temps, comme ayant triomphé de toutes les hérésies qui l'ont persécutée et la persécutent, comme vous voyez, jusqu'à nos jours. La longue succession de nos saints Pères et prédécesseurs, en commençant par les Apôtres, et ceux que les Apôtres ont établis leurs successeurs jusqu'à ce jour, faisant une chaîne indissoluble et se tenant tous par la main, forment une enceinte sacrée dont « Jésus-Christ est la porte » et au dedans de laquelle tout le troupeau orthodoxe trouve l'aliment de vie dans les fertiles pâturages du mystique Eden, et non « dans des sentiers escarpés et sans issue » comme le croit Sa Sainteté (p. 7, 1. 12). Notre Église garde intacts les infaillibles oracles des saintes Écritures, la vraie et complète traduction de l'Ancien Testament, et l'original sacré du Nouveau; les rites de la célébration des saints Mystères, et notamment ceux de la sainte Liturgie, sont ces mêmes majestueuses et touchantes cérémonies transmises par les Apôtres. Aucune nation, aucune communion chrétienne ne peut se vanter d'avoir pour maîtres Jacques, Basile, Chrysostome ; les vénérables Conciles œcuméniques, ces sept colonnes de la Maison de la Sagesse, ont pris naissance dans notre Foi et dans nos pays; notre Église possède les originaux de leurs saints Canons. Ses pasteurs, son honorable corps sacerdotal, son ordre monastique, conservent cette antique et pure gravité des premiers siècles du Christianisme, et dans la graduation de leurs dignités, et dans leur existence collective, et jusque dans la simplicité de leurs vêtements. Oui, c'est véritablement contre ce saint Bercail que se sont continuellement précipités et que se précipitent, comme nous le voyons de nos jours, « des loups ravisseurs, » suivant la prédiction de l'Apôtre; ce qui prouve que les vraies brebis du Suprême Pasteur se trouvent en ce Bercail; mais il a de tout temps retenti, et il retentira jusqu'à la fin des siècles, de ce cantique glorieux : « Ils ont fait un cercle autour de moi et m'ont enveloppé, et je les ai repoussés au nom du Seigneur. » (Ps., 117, 11.) Ajoutons une réminiscence, pénible il est vrai, mais utile pour la démonstration et la confirmation de la vérité de nos paroles : Toutes les nations chrétiennes, que nous voyons se vanter aujourd'hui du nom de Jésus-Christ, sans en excepter l'Occident, même la ville de Rome, comme on peut s'en assurer par le Catalogue des premiers papes, tous ont été instruits dans la vraie Foi de Jésus-Christ par nos saints Pères et prédécesseurs, quoique par la suite des hommes d'astuce, dont plusieurs étaient Pasteurs et premiers Pasteurs de ces nations, aient osé, par des arguments misérables et par des dogmes hérétiques, souiller, hélas! l'orthodoxie de ces peuples, comme nous l'enseigne la véridique histoire, et comme l'a prédit saint Paul.


§22

Reconnaissons donc, nos frères et nos enfants en esprit, la grandeur de la grâce accordée par Dieu à notre Foi orthodoxe et à sa sainte Eglise, Une, Catholique et Apostolique, qui, comme une Mère, irréprochable aux yeux de son Époux, nous élève prêts à répondre sans rougir et avec une noble assurance « de l'espoir qui est en nous. » Mais que rendrons-nous, nous, pécheurs, au Seigneur « pour tout ce qu'il nous a donné! » Notre-Seigneur, qui n'a besoin de rien, notre Dieu, qui nous a racheté par son propre sang, ne nous demande rien autre que notre dévouement de tout notre cœur et de toute notre âme à l'irrépréhensible Foi de nos Pères, notre amour et notre tendresse à l'Eglise orthodoxe qui nous a purifiés, non par une aspersion nouvellement inventée, mais par la divine immersion du Baptême apostolique, à cette Eglise qui nous nourrit, selon l'immortel Testament de notre Sauveur, de son propre Corps, et qui, comme une véritable Mère, nous abreuve abondamment du précieux sang qu'il a versé pour notre salut et pour le salut de l'Univers. Entourons-la donc en esprit, « comme les petits oiseaux leur mère, » sur quelque partie de la terre que nous vivions, au Nord ou au Midi, en Orient ou en Occident; attachons nos yeux et nos esprits sur sa voie divine, sur sa beauté resplendissante; retenons-nous de nos deux mains à sa tunique lumineuse que lui a revêtue de ses propres mains « l’Époux d'une beauté accomplie » alors qu'il l'a délivrée de l'esclavage de l'erreur et qu'il l'a parée comme son Épouse éternelle. Ressentons en nos âmes le mutuel et douloureux sentiment d'une mère tendre et de tendres enfants, quand des hommes aux cœurs de loups et des trafiquants d'âmes s'ingénient ou à la traîner, elle, en esclavage, ou à les ravir, eux, comme des brebis qu'on arrache à leurs mères. Fortifions surtout ce sentiment, clercs et laïques, à présent que l'ennemi spirituel de notre salut, fournissant (p. 11, 1. 2, 25) des facilités décevantes, emploie des instruments aussi puissants, et erre de tout côté, selon saint Pierre, « cherchant une proie à dévorer » à présent que « dans cette voie où nous marchons » paisiblement et sans malice, il dresse ses pièges trompeurs.


§23

Que le Dieu de paix « qui a ramené de chez les morts le grand pasteur de ses brebis, le pasteur qui ne sommeille point et qui ne s'endormira pas en gardant Israël, garde vos cœurs et vos pensées, » et dirige vos voies vers toute bonne action ! Demeurez en santé et réjouissez-vous dans le Seigneur !


Constantinople, 6 mai 1818.



ONT SIGNÉ L'ORIGINAL :


+ ANTHIME, par la grâce de Dieu, archevêque de Constantinople, la Nouvelle Rome, et Patriarche œcuménique,

frère en Jésus-Christ.

+ HIÉROTHÉE, par la grâce de Dieu, Patriarche d'Alexandrie et de toute l'Egypte,

frère en Jésus-Christ.

+ MÉTHODE, par la grâce du Dieu, Patriarche de la grande ville de Dieu Antioche et de tout l'Orient,

frère en Jésus-Christ.

+ CYRILLE, par la grâce de Dieu, Patriarche de Jérusalem et de toute la Palestine,

frère en Jésus-Christ.


Le saint Synode de Constantinople :

+ Païssi, évêque de Césarée.

+ Anthime, évêque d'Éphèse.

+ Denis, évêque d’Héraclée.

+ Joachim, évêque de Cyzique.

+ Denis, évêque de Nicomédie.

+ Hiérothée, évêque de Chalcédoine.

+ Néophyte, évêque de Dercos.

+ Guérasime, évêque d’Adrinople.

+ Cyrille, évêque de Néocésarée.

+ Théoclète, évêque de Berrée.

+ Mélétios, évêque de Pisdie.

+ Athanase, évêque de Smyrne.

+ Denis, évêque de Mélénique.

+ Païssios, évêque de Sophia.

+ Daniel, évêque de Lemnos.

+ Panteleimon, évêque d’Adrinople.

+ Joseph, évêque d’Ersèque.

+ Anthime, évêque de Bodènes.


Le saint Synode d’Antioche :

+ Zacharie, évêque d'Arcadie.

+ Méthode, évêque d'Émèse.

+ Joannis, évêque de Tripolis.

+ Arthème, évêque de Laodicée.


Le saint Synode de Jérusalem :

+ Mélétios, évêque de Petra en Arabie.

+ Denys, évêque de Bethléem.

+ Philémon, évêque de Gaza.

+ Samuel, évêque de Naplouse.

+ Thaddée, évêque de Sébaste.

+ Joannice, évêque de Philadelphie.

+ Hiérothée, évêque du Mont-Thabor.